Croissance, emploi, déficit, état de l'économie... le ministre des finances en parle

Désaccord entre les Finances et le HCP sur la croissance agricole. La croissance crée de moins en moins d’emplois. 30 000 en moyenne par point de PIB contre 50 000 sur la décennie 90. Selon Salaheddine Mezouar, la régionalisation apporterait 1,5 à 2 points de croissance supplémentaires.

Croissance, emploi, déficit, état de l'économie... le ministre des finances en parle

On comprend maintenant pourquoi le ministère des finances a tardé à livrer les résultats de l’exécution du Budget 2010 : les recettes fiscales étaient prêtes depuis janvier, les dépenses depuis février, mais il fallait connaître le niveau de croissance pour pouvoir calculer le déficit. Et là, on apprend du ministre des finances, Salaheddine Mezouar, invité de La Vie éco jeudi 17 mars, que son département et le Haut commissariat au plan (HCP) n’étaient pas tout à fait d’accord sur le calcul du PIB agricole. Pour les Finances, la baisse de la valeur ajoutée agricole devrait se situer à 5,2%, alors que, pour le HCP, ce recul serait de 7,1%. Du coup, le PIB global de 2010, estimé par le HCP à 3,3%, monterait à 4% pour le ministère des finances.
Bien évidemment, le déficit budgétaire change un tout petit peu selon que le PIB ait progressé de 4% ou de 3,3%; le 0,7 point de différence entre les deux estimations représentant tout de même plus de 5 milliards de DH.
En réalité, qu’ils soient du HCP ou des Finances, ces chiffres ne sont pour le moment que des estimations. C’est seulement en juin prochain, quand seront arrêtés officiellement les comptes nationaux, que l’on aura les données réelles sur la croissance en 2010 et, donc, sur le déficit. Et encore, il s’agira de comptes semi définitifs.
Mais en toute hypothèse, la croissance en 2010, que l’on situera provisoirement entre 3,3% et 4%, n’est pas si mal que cela, eu égard, d’une part, au contexte de crise qui a perduré et qui perdure encore, et, d’autre part, au dénominateur : 4,9% en 2009. Et même en 2008, la progression du PIB avait été assez importante (+ 5,6%).

Il faut un taux de croissance régulier de 6% pour faire baisser le chômage

Mais le plus important est que la croissance hors agricole est de retour : 5% en 2010, après 1,3% en 2009. Et sur ce point, les Finances et le HCP sont d’accord. Pour M. Mezouar, au-delà de la contre-performance du secteur primaire, la bonne nouvelle c’est précisément le bon comportement des activités non agricoles qui renouent, ce faisant, avec le palier de croissance (5% et plus) sur lequel elles se situaient depuis 2004. Et pour 2011, ce rythme devrait être maintenu : 5% pour le PIB non agricole et 4,6% pour le PIB global, selon le HCP. Le ministère des finances estime, lui, le PIB global à 5%, ce qui devrait permettre de ramener le déficit à 3,5%. Salaheddine Mezouar a d’ailleurs maintenu, jeudi au dîner-débat de La Vie éco, sa prévision de déficit pour 2011, en dépit de l’augmentation (pour le moment...virtuelle) des charges de compensation : avec les 15 milliards de DH supplémentaires alloués, théoriquement, au budget de compensation, celui-ci atteindra (théoriquement) 32 milliards de DH.
Et si le ministre des finances maintient sa prévision de déficit, c’est parce que, a-t-il déclaré, les 15 milliards supplémentaires, si jamais ils sont réellement consommés, seront financés, d’une part, par des économies à réaliser sur les dépenses de l’administration en biens et services (comme en 2010), et, d’autre part, par un surcroît de recettes fiscales que l’on est à peu près sûr d’engranger à la fin de l’exercice. M.Mezouar en a d’ailleurs profité pour appeler les contribuables, notamment les entreprises, à mesurer les impératifs de la conjoncture en s’acquittant correctement de leurs obligations.
C’est le rôle d’un ministre des finances d’être optimiste. On peut juste se demander si ce qui a été possible en 2010 (une plus-value fiscale de 9 milliards de DH et une économie sur dépenses de 8,4 milliards) le sera forcément en 2011. Tout est évidemment possible.
Reste l’inconnue que représentent les cours des matières premières. Là encore, le ministre, se basant sur les estimations des experts, pense que le prix moyen du baril de pétrole pour l’ensemble de l’année 2010, se situerait à 89 dollars, soit 14 dollars de plus que la prévision retenue dans la Loi de finances (qui était de 75 dollars).
Au-delà des prévisions et des chiffres, il a confirmé jeudi soir un constat relativement ancien : la croissance au Maroc crée de moins en moins d’emplois (pour des raisons liées, entre autres, à la hausse de la productivité) : 30 000 emplois par point de croissance aujourd’hui, au lieu de 50 000 auparavant. Et c’est pour cette raison, dira-t-il, que le chômage des jeunes, en particulier, reste à un niveau assez élevé (autour de 18/19%). Salaheddine Mezouar pense que pour améliorer les indicateurs du chômage, il faudra nécessairement une croissance de 6% et qui soit plus ou moins pérenne. Et pour lui, la régionalisation constitue justement une opportunité dans ce sens: elle apporterait entre 1,5 et 2 points de croissance supplémentaires.
En attendant, et à la suite des manifestations du mouvement du 20 Février, le patronat et le gouvernement se sont engagés dans une sorte de partenariat en faveur de l’emploi : l’entreprise assurera la formation des candidats afin d’adapter leur profil à l’activité exercée, et l’Etat prendra en charge le coût de cette formation. «Mais cette prise en charge est tributaire de l’engagement ferme de l’entreprise à recruter à l’issue de la formation», a précisé le ministre de l’économie et des finances.
Il faut rappeler ici qu’il existe déjà pas mal de dispositifs pour encourager le recrutement, en particulier le contrat-insertion qui bénéficie justement du soutien de l’Etat (déductions des charges sociales et fiscales). Il serait intéressant de faire le bilan des mesures déjà mises en place avant d’en développer d’autres.

Retards : La réforme de la CMR en 2012

La réforme des régimes de retraite est promise depuis longtemps déjà, des études actuarielles ont été réalisées, et cependant elle tarde à voir le jour. Jeudi soir, Salaheddine Mezouar s’est exprimé sur le sujet en estimant qu’il est inconcevable que la réforme de la Caisse marocaine des retraites (CMR) ne démarre pas en 2012.
Selon des scénarios réalisés, cette caisse publique, qui avait souffert des retards dans le paiement de la part patronale, celle de l’Etat justement, devrait connaître ses premiers déficits... en 2013.

N.T. La Vie éco
www.lavieeco.com

2011-03-30

 
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